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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 16:16

hopitalSocial-Eco - le 1 Avril 2011

événement Santé

Hôpitaux de proximité en voie de disparition

Alors que les déserts médicaux gagnent du terrain partout en France, dans le Puy-de-Dôme, l’hôpital d’Ambert est victime de la loi Bachelot, qui détruit l’offre de soins de proximité. Après la maternité, c’est la chirurgie qui pourrait fermer. Les associations, syndicats et élus se mobilisent. Reportage Ambert (Puy-de-Dôme), envoyée spéciale

Éruption de colère dans les monts d’Auvergne. À Ambert (Puy-de-Dôme), les habitants sont sur le pied de guerre pour sauver leur service de chirurgie. La patrie de Théophile Gautier est aussi tristement connue pour son hôpital de proximité, qui meurt à petit feu. Depuis 2006, c’est l’hécatombe dans la commune de 7 000 âmes. La maternité a été fermée. Seul subsiste un centre périnatal de proximité. Après la création d’un service mobile d’urgence et de réanimation (Smur) en 2007, les disparitions ont redoublé. Sylvie Monnet, infirmière en psychiatrie et déléguée CGT, peine à se rappeler de la chronologie. « Les soins intensifs ont fermé, le bloc opératoire ne fonctionne plus la nuit, les jours fériés et les week-ends. Il n’y a plus d’anesthésistes sur place. En consultation de psychiatrie, nous n’avons plus de médecin depuis 2008, il est à Thiers, on lui passe un coup de fil en cas de problème ou on lui envoie un fax ! » Depuis la création du groupement de coopération sanitaire (GCS) Thiers-Ambert, en 2009, les Ambertois redoutent le démantèlement du centre hospitalier au profit de Thiers. Et, à long terme, sa transformation en structure dédiée aux consultations et aux soins de longue durée.

 L’ARS SE CHARGE DE FAIRE EXÉCUTER LA SENTENCE

La semaine dernière, les associations de défense, Dehba (Dynamisons ensemble l’hôpital du bassin d’Ambert), le CDDSP (Collectif de défense et de développement des services publics) et la CGT, sont montées au créneau contre le nouveau coup porté à la chirurgie. Devant une centaine de riverains, Jocelyne Lezen, présidente du CDDSP, rappelle les raisons de cette fermeture, qui pourrait intervenir dès l’été 2011. « La loi hôpital, patients, santé, territoires (HPST) a été promulguée l’été 2010. Les blocs qui pratiquent moins de 1 500 actes par an doivent cesser leur activité, il y a Issoire, Ambert, Thiers… On parle de fermeture, mais le décret n’est pas encore sorti ! » Dès 2009, 182 blocs étaient sur la liste établie par la ministre de la Santé de l’époque, Roselyne Bachelot. Les autorités prétendent que sous ce seuil les blocs opératoires et le chirurgien ne garantissent plus la sécurité des patients. L’Agence régionale de santé (ARS) se charge de faire exécuter la sentence. Le docteur Abdo Saad, seul chirurgien du site, est excédé. D’après lui, la direction de l’hôpital veut le faire partir. Il est entré en résistance. « Si je suis resté, c’est que je conviens aux besoins de la population ! On essaye d’étouffer la médecine de proximité. Les anesthésistes viennent de Thiers de 9 heures à midi. Après, ils refusent d’endormir. Je reste seul avec les patients, mais je suis chirurgien, pas réanimateur ! Chaque semaine, j’apprends que le bloc va être fermé tel ou tel jour. Et, si je décide de faire des anesthésies locales, on me menace des suspensions pour non-respect des directives » !

 PLUS D’UNE HEURE POUR ALLER À CLERMONT-FERRAND

 Devant l’assistance médusée, André Chassaigne, député communiste du Puy-de-Dôme, assure suivre de près le dossier. « La réorganisation du bloc opératoire conduirait à une quasi-fermeture du site. J’ai écrit aux élus de la circonscription. J’ai rendez-vous à l’Agence régionale de santé (ARS) début avril. » Le maire, Christian Chevaleyre (divers gauche), s’est aussi fendu d’un courrier en direction de la toute-puissante ARS. En parallèle, Michelle Laurent, de l’association Dehba, propose de lancer une procédure auprès du tribunal administratif. Pour les 45 000 usagers du bassin d’Ambert, le message est clair : si la chirurgie disparaît, ils n’auront plus qu’à prendre les routes sinueuses qui mènent en quarante-cinq minutes à Thiers. Ou rouler jusqu’au CHU de Clermont-Ferrand, à plus d’une heure. Simon, professeur au lycée, se souvient avoir amené sa fille aux urgences d’Ambert pour des convulsions. « Je n’ose pas imaginer ce qui se serait passé si j’avais dû la transporter jusqu’à Thiers ! » Sylvie Monnet confirme : « C’est un endroit où il fait bon vivre, mais en cas de problème de santé il ne faut pas qu’il y ait du verglas ou un camion de 20 tonnes sur la route. » À l’hôpital d’Ambert, le calme règne encore. Ce lieu paisible, composé de plusieurs bâtiments, a toujours été dédié à la santé. Dès le XVe siècle, le couvent des Récollets remplissait sa mission. Le site offre un panorama inédit sur les volcans endormis. Des rayons de soleil fendent les monts verdoyants du Forez et du Livradois. De la neige éternelle est accrochée aux sommets. Mais, dans les allées bordées d’arbres, les usagers ne sont pas tranquilles. En sortant de son cours de préparation à l’accouchement, Marie-Élise, vingt-sept ans, enceinte de huit mois, reconnaît qu’elle aurait été « ravie » de mettre son enfant au monde à Ambert. « Ici, on n’est pas des numéros. La sage-femme prend le temps de répondre à nos questions. Mais la fermeture de la chirurgie, je trouve ça aberrant. » Claude, soixantedix- sept ans, rend visite à sa femme. « J’ai vu des affiches dans l’hôpital, où le directeur dit que tout va bien, mais je n’y crois pas… » La fronde résonne jusqu’aux oreilles de Gérard Lévy, directeur par intérim du GCS Thiers-Ambert. À l’évocation du service de chirurgie, il se trémousse sur sa chaise, crispe sa main sur sa souris d’ordinateur. « On n’arrive pas à faire venir les chirurgiens ici ! Le bloc ne fait que 490 actes, les patients préfèrent aller dans les cliniques privées », tente-t-il de se justifier. À demi-mot, il sous-entend que la fermeture est dans les tuyaux. Avant de lâcher : « Il y a eu plusieurs vagues de restructurations que les gens vivent mal. Le système est fait comme ça, alors j’applique ! » Mais il déplore : « Il n’y a plus de notion de service public ». Le 2 avril, les associations, syndicats et élus manifesteront devant l’ARS, à Clermont- Ferrand, pour mettre un terme au démantèlement de l’hôpital. Tous refusent qu’Ambert se transforme en désert médical. Les défenseurs de la santé de proximité ont adopté la maxime de Jacques Tenon, chirurgien de la fin du XVIIIe siècle « Les hôpitaux sont en quelque sorte la mesure de la civilisation d’un peuple. »

CÉCILE ROUSSEAU

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Published by cddsp-thiers-ambert - dans Santé
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